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Voie lactée : une rivière étoilée à contempler l'été

Voie lactée : une rivière étoilée à contempler l'été

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Elle est là toute l’année, mais c’est en été qu’on en profite le plus. Tissée de milliards d’étoiles, elle forme une bande laiteuse qui traverse le ciel et s’évase en plongeant sous l’horizon sud (aux latitudes moyennes dans l'hémisphère nord). Elle ressemble à un fleuve couvert de paillettes ou de pollens argentés.

Sur la rive ouest de sa large embouchure, le Scorpion dresse son aiguillon au bout de sa queue arquée ponctuée d'étoiles, en dessous du Serpentaire (Ophiuchus). En face sur l'autre rive, le Sagittaire bande son arc, sa flèche pointant la nuée d’étoiles et de gaz qui embrume le centre de la Galaxie, là où se terre un trou noir supermassif de quatre millions de masses solaires nommé Sagittarius A* (Sgr A*). C'est à 26 000 années-lumière de la Terre, sur la place centrale de notre ville lumière, la Voie lactée (le Soleil n’est qu’une petite lueur parmi des centaines de milliards d'autres). Autour de ce monstre noir, des étoiles virevoltent. Certaines sont déjà entrainées dans la spirale qui va les conduire inexorablement dans la gueule béante du gargantua.

Cette immense communauté d’étoiles en rotation a une structure évoquant une roue aux rayons courbés est classée par les astronomes dans la catégorie des galaxies spirales. Nous sommes à l’intérieur même de ce disque de quelque 100 000 années-lumière de diamètre, plus près du bord extérieur que du centre renflé. L’arche argentée que nous admirons les soirs d’été n’est donc qu’une partie de cette galaxie de taille moyenne vue de l’intérieur.

Image composite rassemblant les parties visibles dans le ciel boréal et austral de la Voie lactée. Crédit : Alvin Wu, APOD

La Voie lactée signifie « chemin de lait », Galactea pour les Grecs, le « cercle de lait ». On peut penser à une coulée de lait dans l’obscurité, c'est vrai. Les étoiles sont si nombreuses tout le long de cette route qui traverse le ciel qu’il est difficile de les distinguer individuellement. Une vraie nuée ou nuage, nébulosité, indistincte. Par le passé, probablement que nos ancêtres lointains qui la contemplaient sans être gênés par les lumières artificielles (pas de problème de pollution lumineuse) ne l’imaginaient pas faite d’étoiles comme le reste du ciel. Que représentait-elle pour eux ? Dans de nombreuses cultures un peu partout dans le monde, la Voie lactée incarne souvent un fleuve ou un chemin. Chemin des âmes ou fleuve qui divise la voûte céleste.

Les Grecs et les Romains se la représentaient comme un cercle de plus qui structure le ciel, en plus de ceux de l’écliptique, de l’arctique, des tropiques et de l’équateur. Un anneau qui s’ajoute à ceux des sphères armillaires, image du monde conceptualisé par Aristote (la Terre au centre de la sphère des fixes et des astres vagabonds).

« Par une nuit sans nuages, quand la Nuit, souveraine du ciel, montre aux Hommes toutes les étoiles dans tout leur éclat, et qu’aucune n’est effacée, sans force, vaincue par la pleine Lune, tu seras étonné de voir le ciel divisé par un large cercle, une grande roue ponctuée d’éclats brillants, qu’on appelle le Lait. » Phénomènes, Aratos
La formation ou Naissance de la Voie lactée peinte par Rubens. L'œuvre donne l'impression que Héra tend l'un de ses seins à Mercure, sous l'œil attentif de Zeus. Tableau visible au Musée du Prado

La Voie lactée dans la mythologie grecque

La galaxie, le cercle de lait, fait référence pour le liquide nutritif à la mythologie grecque. Selon les versions, il s’agit soit d’Hermès-Mercure qui boit goulûment le lait d’Héra-Junon, soit d’Héraclés-Hercule.

L'origine de la Voie lactée peinte par le Tintoret.

Les deux histoires se déroulent à peu près de la même façon : le maître de l’Olympe, Zeus, souhaite que sa progéniture se nourrisse du lait sacré de son épouse. Mais, comme il ne veut surtout pas qu’elle s’en aperçoive, il attend qu’elle s’assoupisse pour agir et y poser l’enfant sur l’un de ses seins.

Dans la version d’Hercule, c’est le dieu Mercure qui aurait approché le nourrisson du sein de l’endormie, à la demande de Zeus. Alors que dans le cas de Mercure, c’est le puissant dieu lui-même qui l’aurait porté dans ses bras et poser sur l’un des tétons de son épouse très jalouse. Quoi qu'il en soit, dans les deux versions, le bébé boit avidement le lait, jusqu’à en avoir beaucoup trop dans la bouche. Obligé de le recracher pour ne pas s’étouffer, le lait sacré gicle alors très haut jusque dans le ciel qu’il va tacher à jamais (ou presque). Ainsi, est-ce la substance nourricière d’une déesse qui s'écoule dans le ciel étoilé… Par la volonté d’un dieu, et le fort appétit de l’un de ses descendants, dont Héra ne voulait pas en entendre parler. On raconte aussi que si le lait s’est répandu, c’est parce qu’Héraclès, boulimique et déjà empli de force, aurait mordu le sein d’Héra en la tétant. Réveillée brusquement, celle-ci le repoussa et le nourrisson recracha le lait divin sur la nuit étoilée.

Représentation de la Voie lactée telle que nous pourrions la voir si nous pouvions nous en éloigner. Crédit : ESA

La ville d’étoiles Voie lactée

Dans la réalité, la Voie lactée est aussi merveilleuse et complexe que dans la mythologie. Comme dit plus haut, c’est une galaxie parmi des centaines de milliards d’autres, au sein de laquelle nous vivons. Dans un lait sombre et poussiéreux est née notre étoile (et après les planètes) il y a 4,6 milliards d’années. La masse de notre galaxie est estimée, pour sa partie visible (sans tenir compte de l’immense halo qui l’enveloppe sur un million d’années-lumière) entre 300 et 400 milliards de soleils. Mais comme toutes les étoiles ne sont pas comme le Soleil, il est difficile de connaître sa population exacte. Une écrasante majorité des étoiles sont des naines rouges à l’inverse de la population des plus grosses et massives, beaucoup moins nombreuses.

En regardant la Voie lactée s’étendre dans la nuit, on ne voit qu’une partie de ces milliards d’étoiles. Et celles que l’on peut observer individuellement de part et d’autre du fleuve argenté sont perpendiculaires au plan de la Galaxie. La Voie lactée n’est autre que l’épaisseur du disque géant dans lequel nous vivons. Un disque qui est plus fin sur les bords qu’au centre enflé de deux boursouflures sur chaque face pareils à deux seins gonflés d’étoiles. C’est en direction de l’embouchure du fleuve, là où la Voie lactée est la plus large et généreuse. C’est par là aussi que se bousculent les étoiles les plus âgées.

Sur l'horizon nord-est, à l’opposé de l'embouchure, le fleuve s'amenuise : c'est le rebord de la galaxie. Sous nos pieds, aux antipodes, l’autre moitié du cercle lactée, se déploie dans le ciel austral. Dans cette autre partie du monde, on peut la voir en compagnie de deux de ses sujets, les petites galaxies satellites du Petit et du Grand nuage de Magellan. Inconnus des Anciens de l’hémisphère nord, ces deux grosses gouttes de lait étalées près du fleuve lacté sont dans la réalité les parties visibles de deux galaxies dansant autour de la nôtre. Elles finiront par s'écouler littéralement dans la Voie lactée, tels des ruisseaux rejoignant le fleuve majestueux.

Un peu plus loin des yeux dans le ciel boréal, une galaxie géante que l’on peut discerner au bout du bras d’Andromède : la galaxie éponyme, aussi appelée M31 (Messier 31). Une voisine et même une frangine qui paraît un peu plus grande que la nôtre. Elle n’est pas si loin que cela de nous à l'échelle de l'Univers : seulement 2,5 millions d’années-lumière. Elle se rapproche de nous, et vice versa. La première effusion entre la galaxie d'Andromède et la Voie lactée est prévue dans 3 ou 4 milliards d’années. En attendant, notre galaxie va contenter d’avaler ses sujets qui l’enlacent, une cour peuplée de galaxies naines satellites.