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James-Webb sonde les profondeurs de la nébuleuse de la Tarentule

James-Webb sonde les profondeurs de la nébuleuse de la Tarentule

4 min read

Voici la nébuleuse de la Tarentule sondée par les yeux perçants du télescope spatial James-Webb, et ses deux caméras infrarouge NirCam et MIRI.

La première nous révèle dans le proche infrarouge cette région très active de formation d’étoiles qui se déploie dans notre voisinage, au sein de la galaxie naine du Grand Nuage de Magellan, et la seconde nous montre le même « territoire », mais dans d’autres longueurs d’onde, l’infrarouge moyen. Deux regards aux sensibilités différentes qui transpercent littéralement ce nuage « d’ordinaire » différent et plus opaque dans le visible.

30 Doradus alias la nébuleuse de la Tarentule observée avec l'instrument NirCam du JWST. Crédit : NASA, ESA, CSA, STScI, Webb ERO Production Team

Que nous révèlent les images de James-Webb ?

Dans le visible, comme à travers de nombreux télescopes terrestres ou Hubble dans l’espace, la nébuleuse 30 Doradus peut évoquer une tarentule, d’où son surnom. Mais avec le télescope James-Webb, sa vue pénétrante nous dévoile en réalité autre chose : une cavité, ou ce qui ressemble plutôt à un terrier de tarentules avec ses parois recouvertes de toiles, ainsi que le fait très bien remarquer la NASA.

Cette grotte cosmique que nous admirons avec des détails sans précédent est une construction de l’essaim d’étoiles visibles presque au centre de l’image produite avec NirCam. Quoiqu’à l’inverse, le terme « destruction » est plus juste, car ces étoiles nées ensemble dans le creuset de l’immense nuage moléculaire sont les instigatrices de son érosion à grande échelle. Leurs souffles puissants et vigoureux ont en effet labouré depuis des dizaines ou des centaines de milliers d’années ce sol fertile dans lequel elles ont germé. Ça et là, nous voyons encore quelques monticules et reliefs, car plus denses et compactes qu’alentour, qui résistent au vent fort des étoiles qu’ils ont engendrées. Mais ailleurs, nous assistons à des débâcles, des vallées dévastées, profondes et friables, ravinées depuis si longtemps par des tempêtes stellaires.

La vue profonde de l'instrument MIRI du JWST révèle une multitude de détails dans l'antre de la nébuleuse de la Tarentule. Créditt : NASA, ESA, CSA, STScI, Webb ERO Production Team

Avec la vision de MIRI, nous pouvons comme distinguer littéralement à travers le nuage moléculaire. C’est un peu comme changer de lunettes : ce qui était jusque là invisible, et donc inconnu ou méconnu, devient visible : ici des poches de matière féconde qui cachent en leur sein des graines d’étoiles, là, des bébés étoiles plus avancés, qui ont commencé à rayonner. En plusieurs endroits du nuage, la densité devint suffisante il y a plusieurs milliers d’années pour que la gravité allume un cœur, un foyer qui très vite va transformer cette graine en brasier, une étoile dont les premiers cris vont déchirer et perforer le nuage qui les cachait. Un cri qui crève le placenta et se propage dans la nébuleuse.

Comparaison de la vision de NirCam (à gauche) avec celle de MIRI (à droite) de la même région de l'immense nébuleuse de la Tarentule. L'essaim de jeunes étoiles, en bleu, qui a creusé la cavité s'estompe sur l'image de MIRI, où de nouveaux détails apparaissent à travers le nuage de gaz et de poussière. Crédit : NASA, ESA, CSA, STScI, Webb ERO Production Team

Une forge d’étoiles très active dans notre voisinage

La nébuleuse de la Tarentule est une forge d’étoiles très active, alimentée par les flux de matière de la galaxie du Grand Nuage de Magellan, laquelle est en interaction avec la Voie lactée. Les forces de marée bousculent ces champs, les pétrissent pour les rendre fertiles. Ainsi se rassemblent en son sein des milliers d’étoiles avec chacune leur identité, couleur, température, longévité… ; ce sont des parentes qui, ensemble, aménagent de nouveaux territoires, étendent la population de la galaxie, et donc son domaine.

Dans plusieurs dizaines de millions d’années, elles se seront dispersées, et peut-être même se seront-elles fait happer par la nôtre — d’ailleurs la plus petite finira intégralement absorbée par la seconde, notre Galaxie. Elles auront migré au gré des attirances gravitationnelles qui les entourent. Il en est ainsi pour toutes les étoiles comme pour le Soleil dans la Voie lactée, depuis plus de 4,6 milliards d’années.

Ce que nous montre James-Webb se passe dans 30 Doradus à 161 000 années-lumière de nous. Du moins, se passait, car depuis, 161 000 ans se sont écoulés, le temps que le messager lumière fasse le chemin. Aujourd’hui, il y a encore plus d’étoiles qui y sont nées et le nuage a sans nul doute pris une autre forme.