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Aux origines des constellations

Aux origines des constellations

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Les constellations, figures célestes articulées par l’esprit humain en reliant les étoiles les plus brillantes d’une même région du ciel, sont présentes dans l’imaginaire de la multitude des cultures du monde entier probablement depuis des dizaines de millénaires… Depuis le néolithique, cela ne fait pas de doutes, et plus tôt encore, avec une crédible apparition aux confins du paléolithique. Seulement, nous n’avons pas de traces écrites pour attester de leurs lointaines origines. Mais il est évident qu’elles ne sont pas apparues à Babylone, en Chine ou dans l’Ancienne Égypte, il y a 3 ou 4 000 ans, dont nous en avons recueilli les traces. Ces civilisations reprenaient en vérité un héritage venu des profondeurs du temps. À l’instar de ce qui se produisit après elles, leurs récits et dessins se transmettant aux peuples entrés en contact avec eux. Produisant de nombreux croisements et transformations.

Le cas du Taureau céleste

Ainsi l’une des constellations les plus célèbres d’entre toutes, le Taureau, fut-elle empruntée aux Babyloniens — qui scrutaient scrupuleusement le ciel chaque nuit et consignaient leurs observations sur les tablettes du MUL. APIN — par les Grecs (puis les Romains).

Était-ce pour autant le début de la lignée ? Probablement que non, surtout lorsqu’on regarde les taureaux qui ornent les parois de la Grotte de Lascaux. Et en particulier, l’un d’entre eux, dans ladite Salle des Taureaux. Il est vraisemblable que ce soit un auroch céleste qui y fut peint. Impression renforcée par les points noirs qui mouchètent et sa face et son épaule. Car pour cette dernière partie, on ne peut s’empêcher de penser que l’ensemble de six points noirs blottis imite furieusement, par le nombre et sa distribution, l’amas des Pléiades, dont l’œil humain ne peut percevoir que les cinq ou six étoiles les plus brillantes. Le groupe d’étoiles orne justement la même partie du corps du Taureau, sur les parois du ciel, si l’on se réfère à l’héritage gréco-romain toujours en vigueur.

Idem avec leurs sœurs dans la mythologie : les Hyades. Leur disposition en « V » figure dans les traditions depuis l’antiquité la tête du Taureau céleste. Et que voit-on sur le taureau-auroch de Lascaux ? Une poignée d’étoiles peintes sur sa tête. Pardon, des points noirs peints (il est tentant d’affirmer que ce sont des étoiles). Voilà qui est vraiment troublant et intrigant. C’est comme si la représentation des Grecs avait été mise en œuvre à Lascaux, 16 000 ans plus tôt. On y retrouve les mêmes protagonistes. Les mêmes contours. Avec, sans doute, le récit qui les maintient qui a évolué au fil du temps, et des espaces terrestres. Avec les attributions qui changent…

Alors, peut-on conclure que ce taureau peint à Lascaux est une constellation ? Des chercheurs le pensent. Il faut dire que cela y ressemble beaucoup. Sinon, quel autre sens ces points imprimés pourraient-ils avoir ? Mais si cet auroch symbolise une constellation, qu’en est-il alors des autres à côté de lui ? Toute la salle est-elle une image du ciel ? Un planétarium préhistorique ? Un calendrier ? Est-ce le zodiaque, le chemin du Soleil, de la Lune et des planètes dans le ciel ?

Il n’est donc pas exclu que la culture qui a réalisé ces peintures rupestres peuplaient le ciel comme nous le faisons aujourd’hui, y voyant un peu partout des animaux, des objets et des personnages (héros ou non). Il est facile de voir un taureau avec ses cornes élancées quand on contemple le ciel étoilé. Image soulignée d’autant plus par Aldébaran à l’éclat flamboyant, laquelle prête tant à l’animal un regard envahi par la fureur. Vingt-cinq siècles après Hésiode, l’image du taureau a toujours cours au XXIe siècle, signe, possible, qu’elle nous « parle » toujours, qu’elle convient à tous et fait sens. En effet, s’il ne ressemblait pas si bien à un bovidé, on peut penser que nos ancêtres auraient pu délaisser cette image au profit d’une autre. Or, elle a survécu jusqu’à nous. Il est donc probable que cette figure soit née à l’aube du paléolithique.

L'astérisme de la Grande Casserole se compose des sept étoiles les plus brillantes de la Grande Ourse.

Qu’en est-il des autres constellations ? Est-ce que la Grande Ourse est là, dans l’imaginaire humain, depuis aussi longtemps ? Et ne serait-t-elle pas menacée, au temps présent, d’être substituée à une Grande Casserole, comme on l’entend si souvent ainsi montrée, voire à un Grand Charriot, comme cela fut courant durant deux millénaires ? Pourrait-elle changer d’assignation ?

Il faut reconnaître qu’il n’est pas aisé d’imaginer l’ursidé dans cette région boréale du ciel, et d’autant plus avec une queue si longue, ce qui est différent de la réalité. Aussi, pour qui ne connaît pas la carte du ciel et désire en faire l’apprentissage, il est plus facile de repérer la vaste Grande Ourse, en ne se focalisant que sur ses sept étoiles les plus brillantes lesquelles, reliées, composent le fameux astérisme de la Grande Casserole (Big Dipper). Relativement récente (fin du XIXe siècle) et populaire, cette représentation pourrait prendre le dessus et supplanter le plantigrade Ursa Major. Mais rien n’est sûr. Car en dépit de la popularité de l’ustensile de cuisine, la Grande Ourse demeure depuis des siècles, fixée sur les cartes officielles de l’Union astronomique internationale (UAI). Et le mythe soulève toujours autant l’enthousiasme.

Comment seraient nées les constellations ?

Des chercheurs qui ont voulu comprendre comment les constellations ont sauté aux yeux de nos ancêtres lointains et comment le choix s’est-il fait de relier certaines étoiles entre elles et pas d’autres, ont obtenu des résultats comparables à ce qui est identifié aujourd’hui dans le ciel boréal et austral. Pour ce faire, ils se sont appuyés sur le constat établi que l’œil humain se déplace à travers un champ d’observation par « saccade », exécutant les mêmes sauts d’un point d’intérêt à un autre. Aussi, partant de ce principe, furent-ils curieux de voir ce que leurs simulations qui utilisaient les « saccades » de nos yeux allaient-elles dévoiler du ciel étoilé terrestre et l’interpréter ?

À leur grande surprise, les formes qui ont émergé sont souvent similaires aux 88 constellations officielles homologuées il y a un siècle par l’UAI. Ainsi, un de nos appareils biologiques a-t-il édicté, par l’une de ses façons de fonctionner, nos pensées et une organisation du monde. Les étoiles de la Grande Ourse, d’Orion ou encore du Taureau seront toujours ou en tout cas, souvent, associées ensemble. Avec d’autres noms, d’autres figurations, d’autres récits, variables au fil du temps, quoique parfois, proches et affiliés en dépit d’un éloignement géographique. Ce qui est le cas pour celui que nous nommons Orion, chasseur incorrigible et personnage revêtant les mêmes défauts dans plusieurs cultures. Idem avec l’Ourse poursuivie par des chasseurs. Et peut-être aussi avec le Taureau céleste, commun aux magdaléniens, Babyloniens, Grecs, Occidentaux modernes.

L'étude : Free Energy Model of the Human Perception of a Starry Sky